Mercredi 01 janvier 2014

Pendant la pratique assise, nous nous éloignons naturellement et inconsciemment du domaine des concepts, des idées, des fabrications mentales pour concentrer notre attention sur les phénomènes présents à nos sens. Il est important de demeurer dans cet état d'esprit, dans la simple attention à ce qui est tel que c'est, sans y rajouter nos interprétations personnelles, sans transformer quoi que ce soit.

Il est normal que ce fonctionnement subjectif s'exprime et perdure malgré notre attention. Il est normal qu'il tente de se maintenir présent. L'essentiel est alors d'en prendre conscience et de revenir à l'état d'observation. La pratique nous suggère de revenir à l'observation autant de fois que cela est nécessaire.

Notre capacité d'interpréter ce que nous observons ou ressentons est très puissante. C'est ce qui nous permet de nous reconnaître. Nous ne connaissons pas d'autre façon d'exister. Cela alimente en nous de façon constante des repères identificatoires qui donnent le sens dont nous avons besoin pour penser notre personne, notre existence, donner corps à ce que nous sommes.

Cela réduit malheureusement notre vision à cette seule personne, cette seule entité que nous pensons être. Etre ceci ou cela nous isole dans le seul domaine relatif. Cela génère alors de la souffrance et de l'angoisse sur les questions essentielles que nous ne manquons pas de nous poser. Nous n'avons que nos seuls concepts pour répondre à des questions sur la vie et la mort.

Le sens de la pratique ne vise pas à nous donner des capacités de compréhension ou de réflexion sur ces questions. Le sens de la pratique est de laisser se découvrir ce qui est déjà présent en nous, ce qui est déjà « connu » en nous, avant la personne que nous sommes, avant notre pensée. Avant la conscience de ce que nous sommes, retrouver la conscience que nous sommes, la simple conscience d'être.

 

Mercredi 8 janvier 2014

Pendant la pratique, chaque expiration est l'occasion de s'abandonner, c'est à dire d'abandonner notre esprit limité, étroit, conditionné, retenu et enchevétré dans les formes inombrables. Abandonner son esprit ne signifie pas sombrer dans la torpeur ou dans un état de semi-conscience mais au contraire développer par l'attention la vastitude de l'esprit en observant tout l'ensemble des manifestations sans se limiter à aucune, sans en rejeter aucune, sans en choisir aucune. Voir l'ensemble des formes apparaître comme autant de choix sans en faire aucun, sans en retenir ou en rejeter aucune. Abandonner son esprit revient à s'ouvrir de plus en plus largement à ce qui est tel que c'est et à l'embrasser sans discrimination. Le favorable et le défavorable sont également perçus, comme de simples manifestations. Alors favorable et défavorable se rejoignent dans une unité qui dépasse la séparation du langage, la séparation des concepts. Deux devient un, unité.

Soyons donc à chaque instant en train de pratiquer, en train de nourrir notre attention. Soyons attentifs à ne pas nous laisser happer dans une conscience endormie par l'habitude. Un des pièges de la Voie est de retomber dans l'habitude et de s'éloigner de la fraîcheur du débutant.

D'instant en instant s'éveiller, ouvrir la conscience, demeurer vivant, dans un corps vivant, totalement présent à la réalité de chaque instant.

N'être dans aucun vouloir, abandonner toute intention personnelle, se défaire de l'esprit subjectif. En même temps être totalement conscient, présent, les sens totalement éveillés comme un guetteur alerte.

Toute l'énergie est ainsi concentrée et dirigée vers ce qui est là. Ce qui est là est la conscience elle-même, à la fois quelque chose et en même temps rien de particulier au sens d'une qualification possible, hors de toute qualification et de toute temporalité.

 

Mercredi 22 janvier 2014

Lorsque nous sommes installés dans la pratique, nous nous concentrons sur la posture, les perceptions, les sensations de toutes sortes qui se manifestent dans l'ensemble corps/esprit.

Ce faisant, nous sommes dans la simple observation. C'est à dire que rien de ce qui peut advenir à ce niveau ne peut nourrir ou donner une représentation de la pratique, aucun de ces phénomènes ne peut être une illustration de « quelque chose » qui nous donne un goût on un avant goût de quoi que ce soit concernant la pratique. Suzuki dit ; « Quoi que votre esprit puisse concevoir, ce n'est pas la vraie source ». Cela signifie que même une expérience de pleine conscience ne peut devenir un objet plaqué sur la pratique. « Ce n'est pas quelque chose que vous puissiez goûter, la source n'a ni goût ni absence de goût ». Cela signifie que qur le plan relatif il y a bien un goût et il y a bien une pratique et en même temps sur un plan absolu, rien ne peut être saisi comme « quelque chose » puisque dès cet instant nous sommes dans le conceptuel et donc dans le relatif, la pensée, l'objectivation.

« La vérité se situe au-delà de notre capacité de description, de notre pensée ». Au fond de nous subsiste cette idée que la pratique est là pour nous amener à quelque chose que nous pouvons être en mesure de voir ou de comprendre.

Mais toute représentation de cela est vain en réalité bien qu'il demeure pourtant vrai que la pratique nous fait avancer vers ce que nous recherchons. Suzuki dit : « Que vous pratiquiez ou non, quelque chose existe bien avant que vous le réalisiez ».

Au fond cette pratique peut être comprise comme la réalisation de quelque chose d'irreprésentable non seulement maintenant mais à jamais. Nous avons besoin de l'illusion de penser que nous poursuivons quelque chose et en fait aucun objet ne viendra nous satisfaire et nous nourrir. D'un autre côté nous ne pouvons dire qu'il n'y a rien puisque là encore nous faisons appel à un concept de « rien ».

Dogen dit : « Aucun oiseau ne vole en connaissnt les limites du ciel ».

 

 

Mercredi 29 janvier 2014

La pratique silencieuse et immobile nous propose de concentrer notre énergie vers l'observation afin d'approfondir notre connaissance des différents mécanismes qui commandent nos activités et de façon plus générale notre rapport au monde, c'est à dire au monde objectal.

L'attention que nous portons à tous les champs de l'activité corps/esprit tend à élargir notre conscience, c'est à dire à nous faire réaliser comment ne pas nous cantonner à l'attitude réflexe qui consiste le plus souvent dans la vie quotidienne à réagir aux différentes impulsions qui se manifestent en nous.

Il ne s'agit pas d'une compréhension intellectuelle, de l'appropriation d'un concept, mais d'une compréhension par l'expérimentation, ou plutôt par la répétition d'expérimentations successives plus ou moins décisives, plus ou moins fondamentales.

L'esprit ordinaire que nous sommes tend à entretenir avec la réalité un rapport dont la base est organisée sur le mode conflictuel. Il s'agit pour nous d'ordonner ou de traiter ce qui provient de la réalité objectale présente autour de nous et en nous autrement que cela survient, autrement que cela est. Nous usons, à partir de notre désir, d'une forme de pouvoir sur ce qui se présente à notre conscience, afin d'en maîtriser l'impact, d'en contrôler l'effet. Nous avons besoin de nous protéger, c'est là un besoin nécessaire et inhérent à la Vie. Ce mécanisme nous assure cependant un apaisement passager pour la simple raison qu'il est fondé sur le choix et le rejet, sur l'évitement. Ce qui est évité demeure toujours, et revient toujours.

Il s'agit par la pratique de se tenir dans l'observation de ces mécanismes de choix et de rejet en tentant de nous engager dans un rapport de dialogue et d'intimité avec eux, un rapport de compréhension profonde. Le comportement qui en découlera deviendra différent naturelllement, sans volontarisme particulier.

« Le but d'une discipline spirituelle, dit Jack Kornfield, est de nous proposer un moyen de mettre fin au conflit, non par la force de notre volonté mais dans un processus organique né de la compréhension et d'un entraînement progressif ».

Cette pratique que nous répétons de façon régulière est bien un processus qui engage tout l'ensemble corps/esprit et cultive en nous une façon nouvelle d'entrevoir la Vie, une façon nouvelle d'appréhender nos luttes afin que notre existence se déroule en intégrant et en embrassant, sans fuite ni préférence, tous les éléments qui la constituent.

 

 

Mercredi 05 février 2014

La pratique de la méditation est parfois difficile à embrasser et à entendre telle qu'elle supposerait d'être embrassée et entendue simplement parce qu'elle parvient aux oreilles et à l'esprit compliqués en nous.

Que nous nous jetions en bons pratiquants sur l'assise en silence ou que nous venions simplement nous asseoir de temps en temps, les anciens maîtres nous mettent de façon constante en garde contre les pièges de la Voie.

Se situer dans un positionnement juste implique déjà un certain équilibre des contraires qui voudraient que nous soyons à la fois dans une pratique ferme et régulière, dans une qualité d'attention inflexible, sur un fond de non profit, de non saisie.

Dogen le formule en disant que s'étudier c'est s'oublier. Suzuki dit de façon drôle qu'il faudrait avoir l'illumination de l'illumination. Il veut souligner que notre esprit ordinaire n'a aucune chance d'obtenir les fruits de ses efforts, bien que ces fruits existent réellement.

Notre esprit a l'habitude de considérer les objets de façon dualiste. Il y a les choses qui ne constituent pas un problème et qui peuvent même constituer une satisfaction indispensable et puis il y a celles qui constituent un problème réel. Nous tenons à conserver les premières et nous cherchons à nous débarrasser des secondes. Si la pratique fait partie des choses satisfaisantes, nous la suivons. Si elle devient progressivement problématique, notre intérêt se relâche. Si elle devient un jour un problème, nous nous en détournons.

Il nous faut revoir cette attitude de fond en comble et nous pouvons commencer à le faire dans la pratique assise. Dans la pratique assise, surgissent toutes sortes de problèmes. Il nous arrrive de penser après « c'était ue bonne pratique » ou l'inverse, avec une quantité de variantes.

Lorsque tous ces problèmes seront éradiqués la pratique se découvrira. Il faut du temps. Comme toute chose il faut du temps.

Il nous faut persévérer dans l'assise jusqu'au point où ces paroles deviennent inutiles. Il nous faut persévérer jusqu'au point où l'enseignement est l'assise elle-même. Notre difficulté vient de ce que nous cherchons toujours des solutions quelque part à l'extérieur de nous-mêmes.

Nous devons comprendre que tant que nous pratiquerons pour trouver une solution à notre problème, nous continuerons d'errer et de souffrir.

Le Maître Sekkei Harada dit : « je vous en prie, cessez de pratiquer pour trouver une solution au problème ».

L'enseignement devient l'assise elle-même à partir du moment où nous considérons le problème comme la solution elle-même. Là se situe l'essence de la pratique. Là se retourne totalement toute dualité, toute préférence ou rejet. Alors notre pratique devient notre pratique, ni ceci ni cela. Alors nous sommes amenés o reconsidérer naturellement notre propre rapport aux objets.

 

Alors notre attitude peut devenir cette attention soutenue débarrassée d'un quelconque esprit de gain puisque problème et solution ne font plus qu'un. 

 

Mercredi 12 février 2014

Nous entendons parfois « ne rien faire, juste s'asseoir » ou « l'esprit sans but ni profit ». Irrémédiablement nous nous demandons pourtant comment faire pour ne rien faire ou comment avoir l'esprit débarrrasé de l'idée de résultat ou de profit.

Autant de mots dans ces expressions qui créent des objets mentaux dont s'empare notre esprit. Que signifie l'objet « ne rien faire » ? ou l'objet « sans but » ? Notre pensée s'exerce sans cesse à créer une représentation que nous puissions suivre, une solution où nous engager, une compréhension à laquelle nous fier.

Sans rien avoir à faire est notre état naturel, sans but ni profit est notre état naturel. L'assise n'est pas quelque chose à partir de quoi il y aurait à faire. L'assise n'est pas un moyen pour atteindre quelque chose.

Il n'existe pas d'ailleurs ou d'autrement où nous serions libres et satisfaits.

Nous nous demandons comment trouver la paix de l'esprit mais si nous pratiquons en espérant trouver le bon moyen, nous n'avons aucune chance d'être en paix.

Il nous faut revenir à notre aspect fondamental. Voir la pensée comme une pensée. Parfois nous vient à l'esprit que nous pourrions être mieux assis. Nous avons peut-être la sensation d'être mal installé ou dans une posture qui n'est pas correcte.

Comment allons-nous résoudre le problème ? Il est souvent dit qu'il est préférable de nous tenir dans une posture correcte. Peut-être corrigerons-nous notre posture pour être mieux assis en associant notre satisfaction à une bonne posture. Mais nous aurions pu tout aussi bien poursuivre l'expérience du « mal assis » après avoir repéré l'émergence d'une telle pensée dans notre esprit. Cette attitude correspond à voir les choses telles qu'elles sont.

Bien que notre pratique consiste à s'asseoir, elle dépasse largement ce cadre et s'applique en fait partout, dans toutes les activités auxquelles nous nous livrons. Il nous faut empoigner l'esprit qui questionne.

 

Mercredi 19 février 2014

Pendant l'assise nous demeurons centrés sur les perceptions et sensations. Nous demeurons centrés sur les phénomènes qui se manifestent à notre conscience. Nous ne suivons pas nos pensées.

Pourquoi cette pratique nous invite t-elle à laisser couler le flot des pensées sans intervenir ? Qu'est-ce que ce « je » qui s'empare de la pensée et la développe selon sa convenance ? Et en quoi ce « je » est-il la cause de ce qui nous amène ici ? Si nous le disons autrement, en quoi ce « je » pose t-il le problème de la souffrance ?

Par exemple nous sommes tout à fait d'accord pour dire que chaque chose est perçue différemment par chaque personne. Mais si chaque chose est perçue différemment, cela implique pourtant qu'il est impossible de définir de façon absolue ce qu'est cette chose. S'il est impossible de définir une chose, comment pourrait-elle exister ? Cela étant, nous restons convaincus qu'elle existe. C'est ce genre de problème que pose l'égo.

De la même façon, nous nous construisons une certaine idée de ce que sont les bonnes choses, tout comme nous en avons une de ce que sont les mauvaises. Cela varie selon chacun. Notre pensée, au lieu de se poser de ce fait comme étant le problème central, persiste à le déplacer à l'extérieur pour faire disparaître ce qu'elle qualifie de mauvais au profit du bon. Bonnes et mauvaises choses n'existent cependant que par l'opposition du dualisme de la pensée. De ce fait toute idée de supprimer ce qui est appelé « mauvais » ou de retenir ce qui est appelé « bon » est absurde. Bon ou mauvais, seuls, ne peuvent exister.

L'état que nous recherchons est un peu comme le soleil derrière les nuages des pensées, comme la claire voyance derrière la dualité de l'égo. La pratique tend à nous relier à cet état où il n'y a rien à conserver ou à éliminer, ce lieu originel où n'existe pas d'opposition. Pour nous ouvrir à cet état, nous venons nous asseoir en silence, là où se réunissent des conditions favorables à sa rencontre. Mais il est essentiel que nous nous tenions dans une disposition d'abandon par rapport à notre point de vue pour toutes choses, notre point de vue dualiste de comparaison du bien et du mal.

 

Mercredi 26 février 2014

Qu'est-ce que le « zen » ?

Lorsque nous désignons quelque chose par un mot, nous effectuons une opération qui consiste à introduire cet objet dans un ensemble de représentations déjà existant. Le mot arbre par exemple est lié à un réseau sémantique qui place la catégorie arbre dans un tissu de représentations propre à chacun. L'ensemble de ces représentations constitue l'ensemble de nos repères identitaires. Il en résulte que lorsque nous regardons par exemple un arbre, s'éveille dans notre conscience, en même temps que nos représentations de l'arbre, la conscience de nous-mêmes, la conscience de l'égo. Il va alors de soi que chacun regarde « son » arbre. Nous pouvons en conclure que la chose demeure insaisissable.

Le processus par lequel nous regardons le monde est appelé « ignorance ». C'est à dire que nous demeurons dans l'ignorance de l'essence de la chose. Nous pouvons toujours continuer à l'appeler réalité ou comme nous voudrons,, mais le premier pas devrait consister à nous questionner sur cette réalité et sur les liens avec notre présence sur notre coussin de méditation.

Sekkei Harada dit : « toutes choses naissent grâce à des conditions données et disparaissent selon certaines conditions. Il est absolument impossible que l'égo intervienne dans cette Loi. Pour cette raison nous appelons cette Loi le zen. On peut aussi l'appeler Dharma ou Soi. De par cette Loi nous pouvons dire que toutes choses sont à égalité ».

L'ignorance consiste à penser le monde à partir de notre égo. L'ignorance consiste à construire une vision du monde à partir de représentations auxquelles sont attachées des valeurs, des comparaisons, des jugements. L'ignorance consiste à penser en termes de bon et de mauvais, de bien et de mal. L'ignorance refuse la réalité pour lui substituer une autre, en adéquation avec nos convenances personnelles. L'ignorance est incapable de reconnaître la Loi qui fait et défait. L'ignorance refuse donc la mort et génère de la souffrance, laquelle nous pousse à chercher une voie pour y échapper.

 

Journée de pratique du dimanche 09 mars 2013

 

1ere séance

Les maîtres anciens ont laissé des écrits concernant la pratique de l'assise en silence, le zazen, en japonais. Un des grands maîtres du passé, relativement connu par les praticants, se nomme Dogen. Il a vécu au XII eme siècle et a créé un des plus célèbres temples dans son pays natal après être allé chercher l'enseignement en Chine.

Le texte de Dogen s'appelle le « Fukan-zazengi ». Il part du constat de notre rapport au monde qui engendre selon lui de la souffrance et il développe ensuite les différents aspects de la pratique assise.

D'emblée Dogen nous dit que notre esprit discriminant est incapable de comprendre de quoi il s'agit lorsque nous faisons allusion à notre Nature véritable. Cela dépasse le domaine dualiste du subjectif et de l'objectif. Il s'agirait de rechercher ce qui précède les connaissances et les perceptions. Car au fond quelle différence entre une personne intelligente et quelqu'un de stupide ? L'un serait catalogué de supérieur et l'autre d'inférieur ?

Bien que nous possédions les capacités pour reconnaître que chaque être humain possède toutes les qualités de la « nature de Bouddha, cela demeure lettre morte si nous ne le réalisons pas réellement. Bien que chaque être humain soit naturellement parfait, qui le voit réellement ? Il nous faut en conséquence, si nous sommes animés d'un grand désir de découvrir cette nature fondamentale en nous et en autrui, nous adonner sans retenue à la pratique. Point n'est besoin pour cela d'abandonner notre vie ordinaire car ce serait encore s'en remettre à une autre forme, ce serait encore ajouter une autre tête au-dessus de la nôtre. La voie se chargera de nous montrer le chemin. C'est notre véritable Nature elle-même qui nous montrera le chemin.

Cela suppose que nous considérions la Voie non pas comme quelque chose de spécial ou de compliqué à atteindre, mais d'emblée comme quelque chose qui réside au coeur de nous-mêmes et dont nous nous serions en quelque sorte éloignés. Nous et les générations avant nous. Cela est important car ce n'est pas notre égo actuel qui doit rechercher un objet adéquat à ses attentes pour vivre une satisfaction suprême. C'est même tout le contraire. Cet égo dont nous sommes dotés doit être mis au centre d'une profonde remise en question au point que notre attention en vienne à déchirer l'écran qu'il tisse entre notre perception et la réalité du monde. Nous avons donc d'abord besoin de voir au départ toute la vanité de cette personne dont nous prenons les traits et toute la vanité à trouver la satisfaction lorsque nous la suivons.

Il ne s'agit pas de découvrir encore un « nouveau monde » comme les aventuriers à la recherche d'un eden famtasmé ont pu le faire en traversant les océans. Il ne s'agit pas de trouver encore un nouvel « ailleurs et autrement », mais au contraire de cesser tout affaire en cours, de briser net cet élan vers « autre chose » et de reconsidérer totalement avec des yeux grand ouverts le présent tel qu'il est maintenant. Des yeux grand ouverts signifie animés de la flamme de la pratique, de la flamme de la conscience vaste, de l'attention qui brûle toute illusion.

Ainsi Tous les phénomènes du monde que nous percevons et que nous observons deviennent parfaitement purs, totalement parfaits, ils sont Le Dharma, ils sont La Voie tout comme nous sommes le Dharma et La Voie nous-mêmes. C'est le regard que nous portons sur eux et l'illusion de nous-mêmes qui engendre illusion et souffrance.

Nous lisons ces paroles de Dogen : « La Voie est complète et présente juste où vous êtes, juste ici et maintenant ».

La voie est toujours là, essentiellement, voilà le premier et le plus important message de la pratique. La voie est toujours là siginifie qu'elle inclut également nos états émotionnels, joie, colère, peine, etc. Tout cela fait partie du Dharma ou de la Voie.

Pendant l'assise, nous sdevenons semblables à une montagne que rien ne perturbe. Nous ne sommes pas l'auteur ou l'acteur de ce qui se produit en nous. C'est simplement la fonction d'observer et de percevoir telle quelle. Lorsque nous disons observer ou percevoir, cela n'émane d'aucune source, c'est l'observation et la perception en fonction.

« Laissez la pensée telle qu'elle est » dit Dogen. Il ne s'agit ni de penser au sens d'entretenir des pensées, ni de lutter contre l'apparition de pensées, images ou représentations. Nous sommes dans l'appréhension directe de toute manifestation telle qu'elle est.

Si nous restons longtemps assis, peu à peu nos jambes vont commencer à manifester des signes que nous identifierons à la douleur. Qsue nous soyons débutant ou pas, quelque que soit notre expérience, il arrivera toujours un moment ou quelque chose viendra d'une façon ou d'une autre se manifester à notre conscience, et sollicitera une réaction de notre part. Dans un tel cas, nous nous trouvons alors séparés de la pratique. Il se peut que le phénomène que nous identifions en terme de gêne ou de douleur nous fasse arrêter la pratique, de façon provisoire ou durable. Ainsi si nous développons une pratique en demi-teinte nous nous laissons facilement emporter par tout phénomène indésirable. Certaines personnes qui désirent expérimenter une fois cette pratique peuvent à peine supporter la posture et l'imobilité elle-mêmes. Si nous adoptons une pratique nourrie et soutenue, peu importe ce qui survient, la pratique est là. Ce serait une erreur de penser qu'alors nous « luttons » ou « nous tenos bon », en fait nous appréhendons les manifestations directement telles qu'elles sont. Nous sommes alors dans la Voie sans ceci ou cela, sans bon ou mauvais. Être dans la Voie ne relève en fait que peu de notre volonté. La volonté est nécessaire au départ, il s'agit ensuite de produire des efforts dans lesquels nous finissons par nous oublier en nous en remettant totalement à la pratique Alors la pratique est là et nous y entrons simplement sans détours.

Il nous faut au début nous concentrer de façon soutenue au point que survienne l'oubli d'être assis en train de faire quelque chose de spécial.

Comme Dogen l'illustre ; « Pratiquer c'est s'étudier et s'étudier c'est s'oublier ».

Sekkei Harada dit : « Dans le cours de notre il y une rencontre importante qui nous attend. Quelques soient les grandes plaines que nous auront à traverser ou d'immenses montagnes à escalader, cette rencontre est essentielle. Tant qu'elle ne survient pas, nous ne pouvons pas d'être totalement satisfait au tréfonds de notre coeur. Nous aurons toujours l'impression que quelque chose nous manque. Cette rencontre est celle de notre véritable Soi, de notre Nature profonde, essentielle ».

Tel est à notre sens le but de la Vie et l'enseignement du bouddhisme, nous renontrer nous-mêmes. C'est la raison d'être de cette pratique pour laquelle nous nous réunissons ensemble régulièrement.

 

Mercredi 19 mars 2014

 

Pourquoi venons-nous pratiquer ?

C'est une question importante que nous devons conserver présente à l'esprit. Conserver cette question présente dans notre esprit ne signifie pas qu'il nous faut la tourner et la retourner comme un pensum. Cela signifie qu'elle est présente en nous comme un point en suspension, comme un rappel.

Cette question est très directement liée à la question de la nature de la pratique elle-même. Savoir pourquoi nous venons pratiquer suppose que soit posée et reposée sur le métier le sens de la pratique et comment nous l'appréhendons. C'est pour cette raison que nous revenons sans cesse dans les enseignements sur la nature de la pratique.

La nature de la pratique ne s'appréhende pas comme les connaissances auxquelles nous avons affaire habituellement. Il y a d'un côté l'étudiant et de l'autre un objet de connaissances qu'il s'agit d'assimiler. Lorsque nous avons terminé nos études, nous connaissons quelque chose que nous ignorions prédédemment. Nous pouvons de cette façon acquérir un nombre incalculable de connaissances parfois passionnantes.

La spécificité de la pratique réside dans le fait que nous ne pouvons pas l'assimiler par l'étude. L'étude n'est qu'une seule roue de l'attelage. Elle est utile mais insuffisante. Par l'étude, nous apprenons des concepts. Or, la pratique prétend nous ouvrir à une réalité qui ne soit pas conceptuelle, qui ne soit pas celle à laquelle nous avons affaire topus les jours, mais à la « réalité des choses telles qu'elles sont ».

Qui se soucie de savoir si la réalité que nous percevons existe réellement ou n'existe qu'au travers de notre pensée ? La plupart des personnes autour de nous (preuve en est le peu de praticants) ignorent que la réalité est indépendante de notre pensée et ignorent donc ce qu'est la réalité. Tous créent une illusion en pensant que ce qu'ils voient est la réalité. Et tous s'attachent et patissent de ce que cette réalité ne leur apporte jamais la satisfaction qu'ils en attendent puisqu'elle est construite par leur esprit. Cet esprit qui ne peut commander la loi des causes et des effets.

Sekkei Harra dit « Les problèmes tels que la souffrance surgissent parce que l'on explore le domaine de la causalité avec les normes de la pensée dualiste de l'égo ».

La pratique nous invite à considérer au moyen de l'expérience le champ de notre rapport au monde « tel qu'il est », c'est à dire sans faire interférence avec la pensée de notre égo.

Il est indispensable de conserver cela présent à l'esprit autant que possible, surtout lorsque nous venons pratiquer. Lorsque nous pratiquons, nous nous concentrons simplement sur la totalité des phénomènes présent au niveau du corps et de l'esprit.

 

Mercredi 26 mars 2014

Lorsque nous venons pratiquer dans un « dojo » ou espace de pratique, nous adoptons des règles et nous les répétons à chaque fois de la même façon. Certaines personnes pourront avoir tendance à s’y attacher tandis que d’autres auront tendance à les négliger, cela plus ou moins consciemment.

Que ce soit dans un dojo ou n’importe où ailleurs, les règles restent les règles et nous continuons d’entretenir avec elles des rapports singuliers en fonction de notre personnalité et aussi du moment. Il ne peut pas exister d’espace sans règles, ne serait-ce que la loi de la vie et de la mort.

Lorsque nous pratiquons, nous nous tenons à des règles qui peuvent paraître strictes par rapport à celles de notre vie quotidienne. Cependant lorsque nous disons strictes, nous voyons bien que c’est en rapport à autre chose. Les règles de la pratique apparaissent strictes relativement à d’autres règles qui semblent accorder davantage de liberté à notre personnalité.

D’un autre côté il arrive que certaines personnes penchent à l’opposé pour des règles encore plus strictes car cela conforte leur caractère propre.

La question est donc inépuisable. Parfois certains d’entre nous peuvent rêver d’un espace sans aucune règle pendant que d’autres imaginent l’inverse.

C’est cela que nous appelons l’esprit conditionné. L’esprit conditionné est notre esprit petit, notre esprit limité, notre « égo », ce par quoi nous nous définissons, la description de nos goûts, de nos aversions, etc.

Chaque esprit tend vers l’unité. L’unité serait rejointe et réalisée dans un monde sans règles pour certains et l’inverse pour d’autres. L’unité serait réalisée en présence d’une forme spéciale qui correspond à nos vues du monde.

La liberté par les formes, au travers des formes, c’est cela qui est appelé « illusion ». Notre conscience étroite désire transformer les formes selon sa volonté pour réaliser l’unité perdue. Revêtant une forme aujourd’hui, je me porte vers les formes pour m’unifier, c’est-à-dire faire cesser la souffrance que j’éprouve de me sentir seul et séparé, mortel.

Si notre esprit éprouve parfois un sentiment fugace de liberté, la souffrance n’en cesse pas pour autant. C’est pourquoi nous nous tournons au moyen de la pratique, vers la recherche d’une compréhension de ce phénomène étrange et douloureux qui opère en nous.

Mais en pratiquant, nous nous retrouvons soudain devant la même difficulté qui était la nôtre. Celle qui consiste à échapper à « ce qui est », en usant de notre volonté propre et en adaptant les règles à notre désir propre. C’est cela qu’il est avant tout important de comprendre. Si nous continuons d’entretenir avec la pratique le même fonctionnement illusoire que celui de notre esprit ordinaire, notre conscience étroite, nous perdons notre temps sur notre coussin. Il nous faut mettre en œuvre toutes nos forces pour appréhender les contraintes et les règles comme étant la Voie elle-même. C’est-à-dire se dissoudre dans cela même qui semble contraignant. S’oublier dans un acte en l’embrassant totalement sans discrimination.

La liberté qui est à conquérir est au cœur de la Loi elle-même. Ni na préférer ni la rejeter est notre pratique.

 

Mercredi 2 avril 2014

 

Nous avons évoqué dernièrement la question des règles et l'attitude juste face à ces règles. Il faut en premier lieu appréhender cette question dans son sens le plus large c'est à dire la notion de règles en général. Notre rapport au monde, dans la vie de tous les jours s'effectue dans un cadre. Nous sommes plus ou moins assujetis à des lois sur lesquelles nous exerçons plus ou moins de pouvoir. Lorsque nous agissons nous sommes à la fois libres et en même temps prisonniers. Libres car nous disposons de certaines capacités de mouvement, de jugement et de pouvoir sur les objets, prisonniers car nous sommes en même temps confrontés à certaines limites. Limite d'action, limite de satisfaction, limite temporelle de vie et de mort.

Le progrès n'a pas cessé de repousser les limites humaines de plus en plus loin. Le fait de faire tomber une barrière, par exemple de pouvoir se déplacer plus vite que les limites imposées par notre constitution physique, ou d'être en relation de façon permanente par le moyen des ondes, étend notre pouvoir de façon considérable. Nous avons l'impression de façonner un monde de plus en plus libre parce que sans limites.

Cette approche du progrès vise une liberté qui consiste à transformer ce qui fait obstacle à notre désir propre. Nous nous sentons libres lorsque nous transformons les objets à notre gré et à notre convenance.

La notion de progrès doit cependant être considérée sous un aspect différent. C'est le coeur de la pratique. La pratique puise son fondement dans l'observation de la souffrance et dans l'échec de la réalisation du désir. Malgré toutes les réalisations humaines la souffrance subsiste. Cela parce que nous nous méprenons sur la fonction du désir et parce que nous ne considérons que l'aspect formel du monde et donc de nous-mêmes. Nous pensons n'être qu'une personne capable de trouver son bonheur au travers de sa capacité à réaliser son désir.

Les règles présentes dans l'espace de pratique ou « dojo » ne sont ni plus ni moins que celles présentes dans n'importe quel lieu. Le dojo lui-même n'est pas un lieu spécial en soi. Cependant il faut observer avec attention que la pratique pour laquelle nous nous rassemblons nous invite à cet autre regard sur la liberté dont nous parlions. La liberté que nous pratiquons s'appelle la liberté « relative », elle dépend toujours de l'environnement, elle est conditionelle. Si je perds mon portable je suis stressé. La technologie amène à le fois la liberté mais aussi une occasion supplémentaire d'être stressé.

Si je transforme les règles à mon profit dans le dojo, dans cet espace même où nous sommes censés venir pratiquer une autre approche, peu de personnes s'en apercevront. Mais qui est trompé ?

La question fondamentale est l'esprit. Il est essentiel de considérer notre fonctionnement ordinaire qui consiste à agir sur les objets pour les transformer selon notre désir. Avoir sur ce fonctionnement un regard réaliste et aussi compatissant. A partir de là, considérer la vanité de ce fonctionnement et expérimenter la recherche de la liberté fondamentale qui est présente à chaque instant et dans chaque situation si tant est que nous soyons assez ouverts pour la réaliser.

En satisfaisant notre désir nous nous privons de l'occasion d'en comprendre la source. Dans le dojo nous pouvons commencer à expérimenter que même sans recourir au détournement des règles de la posture, la liberté est possible.

 

Mercredi 9 avril 2014

 

Lorsque nous sommes installés sur notre coussin, nous sommes en train de nous adonner à une pratique particulière. Nous appelons cette pratique méditation et pour l'expliquer nous utilisons des mots usuels que nous partageons avec un éventuel interlocuteur.

Parallèlement nous disons aussi que cette pratique ne peut être comprise à l'aide de mots et que toute explication est finalement vaine, un peu comme l'explication du goût d'un mets.

Les deux approches ne sont pourtant pas opposées. Dans notre monde dualiste, nous ne pouvons faire autrement que de caractériser les formes pour les distinguer et en construire des représentations que nous pouvons ensuite partager ensemble.

Ainsi lorsque des mots font irruption dans notre esprit, nous leur donnons immédiatement ce que nous appelons un « sens », c'est à dire quelque chose de représentable pour nous, un peu comme un repère connu. Une phrase fait surgir en nous une pensée et par association nous créons du concept en donnant une interprétation. Que cette interprétation soit juste ou fausse n'est pas en question ici.

Il est normal que venant pratiquer ici la méditation assise, nous soyons animés par un désir de compréhension de cette pratique. Cependant nous devons rester vigilant concernant les deux aspects de la réalité. La méditation peut être comprise de façon relative en termes de mots, c'est à dire de façon limitée. Fondamentalement elle demeure insaississable. Elle demeure insaississable au même titre que demeure insassissable le monde des formes que nous croyons voir exister. On peut appliquer à la Pratique la même chose qu'aux objets que nous croyons saisir et connaître. Mais savons-nous au delà des mots ce qu'est le Ciel ?

notre vrai Soi qui est vaste et sans limites. On pourrait tout aussi bien dire Sekkei Harada dit : « Cette pratique consiste essentiellement à nous éveiller à s'éveiller à notre non-soi ou au « non-esprit », ou à la Vacuité ou « oublier notre égo ». Aucune chose, êtres humains inclus, n'est jamais figée d'instant en instant. Au coeur de ce changement constant, il n'y a pas de chose centrale, rien de fixe qui puisse être l'ego ».

Notre pensée est le trait d'union avec le monde des formes, elle en construit d'inombrables représentations à commencer par celle de notre forme propre, c'est à dire notre égo. Là se limite sa fonction qui nous interdit de ce fait l'accès au Réel. Lorsque ces mots vous parviennent, laisser les entrer et sortir librement sans les retenir pour en construire quelque chose, laissez-les s'échapper avant même de les comprendre pour demeurer dans la simple résonance des sons qu'ils transportent.

 

Mercredi 16 avril 2014

 

L'obstacle se situe non pas à l'extérieur de nous mais à l'intérieur.

Nous sommes des êtres de relation. Notre attention est principalement tournée vers l'extérieur. Nous nous construisons de telle façon que notre équilibre intérieur dépend fortement de la qualité des relations que nous entretenons avec l'environnement extérieur. Notre joie ou notre bonheur ou encore notre satisfaction sont totalement liés à cet environnement.

Tout va bien tant que nous entretenons avec les objets extérieurs, êtres humains inclus, des rapports satisfaisants pour nous. A l'équilibre extérieur corrrespond un certain équilibre intérieur. Mais si l'écart se creuse, si notre environnement devient étranger à nos aspirations, ou nous rejette, nous souffrons. Ainsi nous sommes en permanence en train de planifier des stratégies pour demeurer en équilibre. Nos pensées s'activent et anticipent pour contrer le danger et maintenir l'espoir, notre attention est entièrement consacrée au maintien des représentations que nous nous faisons de l'environement et donc en retour de nous-mêmes. Du point de vue des enseignements, nous sommes comme des prisonniers errant dans l'obscurité et au lieu de vivre pleinement notre vie, nous sommes perpétuellement dans la peur.

Pour nous, le premier pas dans la pratique serait de reconnaître totalement cela. La souffrance tient au fait de l'impossible adéquation entre le monde tel qu'il est et le monde rêvé par mon ego.

Le deuxième pas concerne la question de la nature de la réalité. Lorsque nous croyons voir un obstacle à l'extérieur de nous, quelque chose qui nous indispose, nous donne un sentiment d'insatisfaction ou d'insécurité, nous devons prendre conscience qu'il s'agit d'une construction de notre ego. Pour cela il est nécessaire de revenir à nos perceptions telles qu'elles sont, sans y interférer nos pensées, sans créer de séparation entre la réalité et nous-mêmes par l'intermédiaire de nos pensées. Nous ne sommes pas conscients que notre esprit conditionné transforme chaque regard, chaque perception de notre environnement. Le fait de se recueillir dans un endroit calme et tranquille et de pratiquer cette observation de façon initerrompue et répétée nous révèle finalement la confusion dans laquelle nous nous trouvions et nous ouvre à l'espace infini de l'esprit véritable, l'esprit au-delà de toute pensée. Notre perception du monde s'en trouve transformée et nous ne voyons dans les objets environnants ni amis ni ennemis. Une fois levé l'obstacle du conditionnement de l'esprit, l'obstacle de l'ego, aucune trace d'un quelconque ennemi extérieur n'apparaît. Ce qui apparaît, c'est qu'aucun obstacle extérieur n'a jamais existé. Aucun obstacle extérieur n'a jamais existé ailleurs que dans notre esprit.

 

Mercredi 16 avril 2014

 

L'obstacle se situe non pas à l'extérieur de nous mais à l'intérieur.

Nous sommes des êtres de relation. Notre attention est principalement tournée vers l'extérieur. Nous nous construisons de telle façon que notre équilibre intérieur dépend fortement de la qualité des relations que nous entretenons avec l'environnement extérieur. Notre joie ou notre bonheur ou encore notre satisfaction sont totalement liés à cet environnement.

Tout va bien tant que nous entretenons avec les objets extérieurs, êtres humains inclus, des rapports satisfaisants pour nous. A l'équilibre extérieur corrrespond un certain équilibre intérieur. Mais si l'écart se creuse, si notre environnement devient étranger à nos aspirations, ou nous rejette, nous souffrons. Ainsi nous sommes en permanence en train de planifier des stratégies pour demeurer en équilibre. Nos pensées s'activent et anticipent pour contrer le danger et maintenir l'espoir, notre attention est entièrement consacrée au maintien des représentations que nous nous faisons de l'environement et donc en retour de nous-mêmes. Du point de vue des enseignements, nous sommes comme des prisonniers errant dans l'obscurité et au lieu de vivre pleinement notre vie, nous sommes perpétuellement dans la peur.

Pour nous, le premier pas dans la pratique serait de reconnaître totalement cela. La souffrance tient au fait de l'impossible adéquation entre le monde tel qu'il est et le monde rêvé par mon ego.

Le deuxième pas concerne la question de la nature de la réalité. Lorsque nous croyons voir un obstacle à l'extérieur de nous, quelque chose qui nous indispose, nous donne un sentiment d'insatisfaction ou d'insécurité, nous devons prendre conscience qu'il s'agit d'une construction de notre ego. Pour cela il est nécessaire de revenir à nos perceptions telles qu'elles sont, sans y interférer nos pensées, sans créer de séparation entre la réalité et nous-mêmes par l'intermédiaire de nos pensées. Nous ne sommes pas conscients que notre esprit conditionné transforme chaque regard, chaque perception de notre environnement. Le fait de se recueillir dans un endroit calme et tranquille et de pratiquer cette observation de façon initerrompue et répétée nous révèle finalement la confusion dans laquelle nous nous trouvions et nous ouvre à l'espace infini de l'esprit véritable, l'esprit au-delà de toute pensée. Notre perception du monde s'en trouve transformée et nous ne voyons dans les objets environnants ni amis ni ennemis. Une fois levé l'obstacle du conditionnement de l'esprit, l'obstacle de l'ego, aucune trace d'un quelconque ennemi extérieur n'apparaît. Ce qui apparaît, c'est qu'aucun obstacle extérieur n'a jamais existé. Aucun obstacle extérieur n'a jamais existé ailleurs que dans notre esprit.

 

Mercredi 23 avril 2014 (silence)

Mercredi 30 avril 2014

(feuille à insérer)

  

Mercredi 7 mai 2014

 

Lorsque nous sommes installés dans notre pratique, nous sommes dans la conscience sans discrimination. Etre dans la conscience sans discrimination signifie entrer simplement dans ce qui est tel que c'est. Entrer dans ce qui est tel que c'est, c'est simplement cesser d'interpréter ce qui est, c'est simplement abandonner toute intervention, toute appréciation, toute opinion, pour être de plein corps et de plein coeur avec ce qui apparaît, avec ce qui se manifeste dans cette conscience impersonnelle, dans cette conscience qui n'est la propriété de personne, dans cette conscience qui est simplement le prolongement du Vivant, le lieu de la Manifestation.

Comme le dit Nisargadatta, « nous observons ce qui apparaît à la surface de l'esprit. Ce que nous appelons les pensées sont alors comme des rides à la surface de l'eau ». Les pensées conduisent inévitablement à l'identification, soit sur le versant positif par l'appropriation, le choix, soit sur le versant négatif par le rejet, la condamnation. Les pensées sont des notions préconçues qui se dressent devant la réalité et créent l'observateur, donnent l'illusion d'un observateur. Cette séparation entre l'observateur et l'observé engendre la souffrance, une perpétuelle recherche d'unité perdue qui se tourne vers le monde des formes dont la jouissance ne produit, nous le savons, qu'une satisfaction ponctuelle.

Sur la scène de notre esprit, toutes sortes de manifestations se produisent, images émotions, sensations inombrables. Etre de plein corps et de plein coeur signifie observer apparitions et disparitions. Dans une vigilance forte, demeurer dans la neutralité, ne pas s'impliquer. Demeurer sur cette arête ténue entre observation consciente et conscience de l'implication.

L'esprit agité par les pensées est un peu comme l'eau troublée par le mouvement. L'esprit calme est comme l'eau calme et transparente d'un lac. Il est difficile d'entrevoir la réalité au travers d'un esprit agité par les pensées. C'est au travers de la transparence de l'esprit apaisé que peut émerger ce qui est ordinairement totalement indistinct et cependant toujours là.

 

Mercredi 14 mai 2014

 

Pendant la pratique, nous pouvons demeurer attentifs à la respiration. Autour de ce support que constitue la respiration et où nous focalisons notre attention, nous sommes conscients des interférences crées par toutes les manifestations qui entrent dans le champ de notre attention, qui entrent dans le champ de notre conscience. Ces manifestations sont l'expression du Vivant, l'activité qui s'exprime par le support corps/esprit. La méditation consiste à laisser s'exprimer la manifestation librement, à être simplement ce lieu de la mainfestation, sans en faire « quelque chose ». De cette façon, la séparation entre ce que nous pouvons appeler la « conscience personnelle » ou « conscience de soi » et la conscience au sens large, consciente vaste, a tendance à s'amenuiser.

Nous sommes de façon ordinaire principalement installés dans la conscience personnelle, c'est à dire principalement affairés à interpréter ce qui se manifeste en nous et autour de nous. Au lieu de faire la simple expérience de la manifestation, celle-ci est utilisée à des fins spéculatives. Nous lui attribuons des valeurs et des jugements qui nous éloignent de la base fondamentale qui est elle, simplement ce qu'elle est.

La pratique est un retour au fondamental, au monde tel qu'il s'exprime en nous et autour de nous. Cette expérience est universelle, la différence réside dans les seuls individus, issus du même Vivant.

Pendant la pratique, nous laissons le flot de l'expérience s'écouler librement en nous, nous sommes comme des spectateurs assis au bord du torrent, parfois impétueux et parfois tranquille. Nous disons impétueux ou tranquille mais ce sont encore des valeurs relatives, comme haut et bas, comme loin et proche, comme bien et mal. Pendant la pratique, impétueux devient tranquille et tranquille devient impétueux car il n'y a pas de différence de valeurs. Il y a bien une différence de nature mais c'est en même temps la même chose absolument. La pratique peut alors être l'expérience de la diversité dans le Même, l'expérience du non attachement à la forme.

Mercredi 21 mai 2014

 

La période de pratique est silence, absence de mots, exprimés ou non, absence de formalisation, de représentation, de concept. La période de pratique est le chemin d'accès à ce qui est toujours là, irreprésentable car avant toute représentation, hors des concepts car présent avant tout concept. Ce sont en fait nos représentations et nos concepts, notre tentative d'en penser quelque chose qui dressent devant « Ce qui est » une porte infranchissable. Notre pensée nous interdit le Réel.

La période de pratique est attention, sans que cette attention ait un quelconque besoin d'être dirigée par une pensée je. La Conscience est là, Le Grand Esprit est là, c'est cette Conscience qui s'exprime, là, maintenant et non une entité qui soit « nous ». Au coeur de cette conscience surgissent des images, des sensations, des perceptions, des pensées qui n'ont pas de propriétaire, pas de but ni de cause. Ce sont les phénomènes inhérents au Vivant, lequel s'exprime au travers de notre corps, au travers de notre esprit, au travers des supports que sont les formes. Ces entités, ou formes, bien qu'en apparence séparées et autonomes, sont fondamentalement soudées à la Terre et au Ciel et indistinctes des éléments environnants.

Lorsque le vent souffle et que la surface de l'eau s'agite, nous voyons des vagues se former à la surface et parce que nous opposons classiquement calme et agitation, diverses impressions surgissent également à la surface de notre esprit. Cependant un calme imperturbable règne dans les profondeurs.

C'est un tel calme apaisant que nous souhaiterions éprouver par notre pratique alors même que celle-ci nous installe parfois dans des agitations décevantes et frustrantes. Elle ne correpond pas à la représentation que nous nous en faisons.

C'est cette question de représentation qui est au coeur ce notre rapport à la pratique et de tous les problèmes que nous rencontrons. L'attention que nous portons sur les phénomènes est encore à affiner pour que puisse apparaître « Ce qui Est » derrière nos impressions.

Peut-être nous faut-il traverser ce que nous appelons l'agitation, la difficulté, et que nous opposons à la paix et à la sérénité, pour que puisse se découvrir au coeur de l'expérience que rien de tout cela n'a d'existence réelle.

Au coeur de la Conscience Vaste, au coeur ce notre esprit, les phénomènes ne créent ni calme ni agitation, ils se manifestent tels qu'ils sont. C'est notre dualité qui les colore, ce sont les représentations que nous en avons qui leur donnent une valeur. Le fait qu'il paraissent vrais est notre seule création, laquelle tisse jour après jour l'apparence de la réalité.

Ces représentations sont le ciment de ce que nous appelons notre identité. Mais ce ciment est en fait celui d'un du château sable que nous appelons « je », pendant la pratique nous sommes un comme des poupées de sel au bord du rivage. Nous sommes à la fois très attirés par le calme des profondeurs de l'Esprit Vaste et en même temps nous hésitons à y entrer par peur de notre dissolution.

 

Mercredi 28 mai 2014

 

Quand nous avons mal au jambes ou bien quand nos pensées nous envahissent, en bref quand un problème quelconque semble nous préoccuper, d'ordre physique ou bien psychique, se produit l'occasion d'expérimenter que rien n'est en fait extérieur à nous.

En tout premier lieu, nous pouvons d'abord prendre conscience, observer que quelque chose semble apparaître dans notre esprit, quelque chose de séparé, un objet qui se nomme inconfort ou gêne, impatience, ou tout ce qu'on veut et qui vient contrarier l'apaisement de notre esprit. Tout était calme, unité et peu à peu ou de façon soudaine une séparation se produit, un phénomène se produit, que nous observons, une perception ou une sensation. Cette perception ou cette sensation, émotion, immédiatement nous lui attribuons une qualité, une valeur, en l'occurence une valeur qui s'oppose, une valeur perturbatrice, une valeur « négative ». Nous sommes à ce moment dans la forme qui observe la forme, la vision dualiste et l'interprétation dont nous sommes dotés et qui va avec. La question de savoir si ce phénomène existe ou n'existe pas ne se pose même pas pour nous, il existe réellement et nous dirions pour le prouver que nous le « sentons bien », ce seul ressenti est pour nous une preuve irréfutable. Nous occultons totalement le fait que ce ressenti passe par notre jugement et notre interprétation, cela même si nous sommes prêts à reconnaître que chacun vit cela différemment.

Cette attitude correspond à la façon dont nous appréhendons ce que nous appelons la réalité. La réalité pour nous, c'est ça ; ce qui apparaît à l'esprit et dans le corps a exactement la coloration que je lui attribue. Il n'y a pas d'autre réalité. Lorsque cette réalité est colorée de négatif, il est donc nécessaire de la transformer, de la rendre conforme à mes attentes. Cette adéquation crée de fait un apaisement, une unité apparente car celle-ci est transitoire. L'unité est artificielle puisque c'est cette réalité qui est maintenant conforme à mon désir. Or nous savons bien que la réalité n'est jamais durablement conforme à nos attentes. C'est d'ailleurs là la racine de la souffrance. C'est d'ailleurs là la racine de la pratique.

La pratique est un entraînement de l'esprit qui consiste d'abord à observer sans relâche ce processus de qualification auquel sont soumis tous les phénomènes qui se présentent sur la scène de notre conscience.

Peu à peu et lorsque cela est possible, la prise de conscience de ce processus nous amène à reconsidérer l'interprétation, à relâcher la coloration première. Nous sommes alors prêts à entrer en communication avec la réalité présente puisque celle-ci ne revêt plus d'enveloppe particulière, d'habit quelconque. Nous pouvons alors placer tout notre corps et tout notre esprit au coeur même de cette réalité, créant ainsi une unité, durable celle-ci. Lorsque nous faisons totalement partie du « problème » lorsque nous « sommes le problème » lui-même, en fait toute dualité disparaît, il y a unité avec « ce qui est ». Nous réalisons ainsi la vision vaste, c'est à dire que nous avons de la réalité une conscience exacte en ce sens que nous ne ressentons plus le besoin de la transformer. Notre fonctionnement n'est plus de modeler ce qui semble extérieur et séparé mais d'embrasser tout phénomène comme faisant partie intégrante de nous-mêmes.

 

 Mercredi 04 juin 2014



Le plus important pendant la pratique est de garder l'esprit ouvert et disponible, l'esprit vacant. L'esprit vacant n'est pas un esprit distant ou somnolent, retiré de la réalité. C'est au contraire un esprit tout à fait présent, au plus près des manifestations. C'est en même temps un esprit vide, abandonnant tout phénomène et donc toujours prêt pour quoi que ce soit.

Si nous nous arrêtons sur une manifestation, si nous affectons le cours des phénomènes présents en nous, nous nous refermons. Nous nous limitons et nous limitons notre esprit vaste. En intervenant, en effectuant un choix, nous retombons dans l'aspect dualiste de l'esprit. Nous quittons l'esprit vaste pour occuper l'esprit limité et séparé, celui qui départage bon et mauvais, l'esprit ordinaire.

L'esprit vaste ne recherche en fait rien de particulier. Il se suffit à lui-même. Il inclut tout, ne peut être qu'en harmonie avec ce qui est, présent à ce qui est, il n'a nul besoin de construire quoi que ce soit de spécial en termes de but ou de finalité. But ou finalité sont des constructions dualistes qui nous ramènent encore à notre esprit petit, notre esprit ordinaire.

Ainsi pendant la pratique nous passons de l'esprit égocentrique à l'esprit vaste, nous passons de l'esprit limité à l'esprit illimité.

Seul un esprit ouvert et disponible est en mesure de découvrir la pratique véritable. Un esprit ouvert et disponible est en lui-même la pratique véritable. Notre effort consiste à mettre en pratique cela, le fait que nous ne pouvons comprendre la pratique en la recherchant. Notre effort consiste à abandonner toute idée ou toute pensée de ce que peut être cette sorte de pratique. Cet effort nous conduit à abandonner toute appropriation, toute construction personnelle, d'où ne peut émerger l'eprit vaste. Cela afin que l'espace alors ménagé ouvre notre regard aux vastes continents présents devant nos yeux. Il nous faut comprendre qu'il est autant nécessaire d'avoir un but et une intention déterminés qu'il est indispensable d'abandonner ensuite toute idée ou toute pensée concernant une forme quelconque de ce but ou intention.

Si nous résumons, nous pouvons dire que l'activité de notre esprit dualiste, notre esprit ordinaire, est en quelque sorte l'émanation de l'esprit vaste. En tant que formes, il est incontournable de tenter de donner une forme à notre désir de liberté. L'effort que nous demande la pratique est de regarder la source plutôt que la forme, la racine du désir plutôt que sa réalisation formelle.

Comme l'exprime Nisargadatha, au travers de la réalisation de notre désir, sans cesse renouvelé s'exprime en fait le désir de l'extinction de tout désir. Il apparaît alors clairement que l'extinction de tout désir ne peut concerner l'esprit limité, l'esprit séparé.

Comment l'esprit vaste, l'esprit qui inclut tout et se suffit à lui-même pourrait-il désirer quoi que ce soit ?

 

Dimanche 15 juin 2014 (matinée de pratique)



1ère séance

Lorsque nous installons le corps dans la posture dédiée à la pratique, nous commençons par croiser les jambes. Suzuki fait remarquer que cette position des jambes exprime en fait « l'unité de la dualité ». Cette expression »unité de la dualité » peut nous apparaître un peu comme une oxymore, c'est à dire une expression dont le contenu est contradictoire. De façon ordinaire, nous classons les choses. L'unité se classe à l'opposé de la dualité. Un n'est pas deux. Chaque chose est ceci ou cela et pas les deux en même temps. L'ouest ne peut pas être l'est et le sud ne peut pas être le nord. Pourtant nous savons que ouest ou sud existent relativement à une position donnée. Cela veut donc dire que nord et sud ne peuvent avoir d'existence propre. Entendre la résonance profonde de cela en soi revient à entendre la résonance de la pratique, laquelle attire notre attention sur les deux aspects de la réalité alors que notre esprit ordinaire se borne à n'en considérer qu'un seul.

La souffrance vient de ce que nous pensons exister et seulement cela. Nous pensons rarement que nous n'existons pas. Si vous exprimez cela, vous aurez peut-être des ennuis. Pensant uniquement exister, nous nous considérons uniquement comme Pierre ou Jacques, Untel, telle forme et rien d'autre. Cela a pour effet de nous séparer de notre nature profonde et donc de couper le sentiment d'unité qui nous relie au sans forme. Cette attitude revient à dire ; je suis ceci, à l'exclusion de tout autre chose, il en résulte une quête d'unité qui prend les objets pour cible. C'est ce fonctionnement qui est appelé « maya » ou « illusion ».

Si nous sommes capables d'entendre que Nord ou Sud existent tout en n'existant pas, nous pouvons comprendre la relation entre cela et la posture du corps. La jambe droite et la jambe gauche forment une unité et elles expriment symboliquement la non distinction entre les catégories, ici droite et gauche.



2ème séance

De même que pour les jambes, la position des bras et des mains symbolisent l'unité de la dualité. La figure que représente les mains ou « moudra » prend une connotation « cosmique » en dessinant une sphère qui évoque l'univers.

L'unité de la dualité signifie la présence du sans-forme dans la forme. Pour nous, la forme est la forme et le sans forme est le sans forme. Ces deux choses sont distinctes et même opposées, comme la droite et la gauche. Nous savons pourtant que dans la gauche il y a aussi la droite et inversement. Droite et gauche sont en même temps distinctes et identiques. Exprimées de façon négative, ces propositions restent vraies. Ainsi, si droite et gauche sont identiques, elles s'annulent. Elles n'existent donc pas en tant que formes distinctes. Elles existent relativement sans exister de façon absolue, de façon propre. L'univers n'a ni droite ni gauche. C'est cela qu'exprime la position des mains.

Distinguer la forme et le sans forme a deux effets sur notre logique ordinaire. Le premier est, nous l'avons dit, de nous considérer nous-mêmes uniquement sous l'aspect formel, individuel. Le second est de créer, de donner une existence au sans forme, qui bien qu'inconcevable par définition, prend une place centrale pour la recherche scientifique humaine. C'est aujourd'hui le point essentiel autour duquel tourne la question du Big Bang et donc celle de la matière. Nous disséquons les atomes en particules de plu en plus petites comme pour nous assurer que le sans forme est bien visible. Comment en effet l'univers aurait-il pu naître à partir de rien ? Le sans forme peut-il engendrer la forme ?

A ces questions ordinaires, posons-nous plutôt celles-ci ; Y a t-il d'un côté un univers et de l'autre un être humain distinct capable de lui donner un sens ? L'univers est-il hors de nous ou bien en nous ?

 

3ème séance

L'unité de la dualité s'exprime aussi dans l'attitude de l'esprit.

Pendant la pratique nous suivons la respiration. De façon relative, nous distinguons l'extérieur du corps, d'où nous puisons l'air que nous inspirons, de l'intérieur. Il y a bien distinctement d'un côté l'intérieur du corps et de l'autre l'extérieur. Ces deux éléments n'existent cependant pas de façon séparée, ils sont interdépendants. L'intérieur ne peut fonctionner sans l'extérieur. Etant interdépendants, ils forment une seule et même chose, une unité.

Nous sommes concentrés sur la respiration et nous pouvons être parfois animés par cette impression : « je respire ». Il y a bien vous d'un côté et la respiration de l'autre. En même temps, si l'attention est différente, la capacité de conceptualiser un « je » qui respire distinctement de l'acte de respirer s'effacera. Cela montre que cette distinction n'existe qu'en tant que création de l'esprit conceptuel. Si ce dernier s'efface au profit de l'esprit vaste, c'est alors l'esprit vaste qui respire et non pas « je » personnel. Expérimenter l'esprit vaste revient à réaliser l'unité de la dualité. Il y a bien un « je » qui respire mais en même temps ce je est inclus dans un espace plus vaste et c'est cet espace qui EST. Dire qu'il respire n'est plus tout à fait juste. Voir le sans forme dans la forme, c'est voir la conscience universelle dans la conscience personnelle.

Nous pensons que nous avons commencé la pratique à six heures trente et qu'elle se terminera à onze heures trente. Ceci est la réalité relative mais si nous nous y tenons, nous oublions l'autre aspect. Il n'existe pas fondamentalement de six heures ou de début et il n'existe pas non plus de fin. Si nous sommes complètement conscients des deux aspects de la réalité, alors nous avons des chances d'apprécier notre vie. Mais si nous sommes là et que notre esprit est ailleurs, nous créons une idée séparée du vrai moment présent, nous créons « autre chose » que ce qui Est, nous créons la souffrance.

 

 

Mercredi 11 juin 2014



Un premier pas vers la pratique spirituelle est de considérer que notre esprit, notre « spiritus », ne va pas très bien. Considérer qu'il ne va pas très bien revient à reconnaître une certaine forme de souffrance en soi. Deux cas de figure sont possibles ; soit nous pensons que nous pouvons identifier un objet précis, cause de notre souffrance et engager ainsi une action pour régler le problème, soit la cause de notre souffrance est indéterminée et persiste malgré toutes les solutions trouvées jusque là.

Seul le deuxième cas peut inciter à se diriger vers une recherche spirituelle, une recherche qui concerne les fondements de l'esprit et son fonctionnement. Si nous avons le sentiment d'avoir épuisées toutes les solutions et que malgré cela, la souffrance est toujours là, nous nous accorderons vite à une première réalité qui est que notre pratique ordinaire est l'évasion. L'évasion consiste précisément à tout faire pour éviter la souffrance. C'est pourquoi la guérison n'est pas possible. Nous passons notre vie quotidienne à éviter la souffrance. Nous redoutons de nous mettre en contact avec notre souffrance fondamentale. De cette façon, la guérison n'est pas possible. La pratique spirituelle pratique consiste à utiliser l'attention pour revenir à soi-même afin de reconnaître, d'écouter, puis d'embrasser cette souffrance en nous. Nous allons pouvoir devenir progressivement compatissants avec nous-mêmes.

Dans la vie quotidienne, nous utilisons la consommation pour pouvoir oublier la souffrance, on se sert de la télévision, d'internet, de la réussite, de la nourriture, pour pouvoir ignorer l'existence de la souffrance.

La souffrance en nous reflète la souffrance de nos parents, celle du monde. C'est pourquoi lorsque l'on commence à comprendre la souffrance en soi, il est plus facile de comprendre la souffrance d'autrui. Nous désignons par Avalokitechvara la capacité à comprendre sa propre souffrance pour mettre ensuite cette compréhension au service des autres. Au début il est question de reconnaître sa propre souffrance, son propre corps de souffrance, ensuite de percevoir la souffrance des personnes qui nous entourent, pour finalement se mettre en contact avec la souffrance un peu partout dans le monde. Le but est d'essayer de faire naître l'énergie de la compassion qui a la pouvoir de guérir.



Au départ il faut arrêter la pensée pour être vraiment là. Si vous continuez à entretenir la pensée, vous ne pouvez pas être vraiment là. Il est nécessaire pour cela de suivre sa propre respiration, d'être conscient de chaque inspiration et de chaque expiration. L'unique objet de l'esprit doit être la respiration. Ainsi, nous oublions le passé et le futur, nous laissons de côté nos problèmes personnels pour être vraiment là, conscients de ce qui de passe dans notre corps, dans nos perceptions, dans nos sensations et dans le monde. Ce qui se passe dans notre corps peut être de la tension, de la fatigue, ce qui se passe dans nos sensations peut être une sensation douloureuse, une émotion plus ou moins forte. La pleine conscience nous permet de voir ce qui se passe dans notre corps et nous mettre en contact avec la vie ici et maintenant.

Il faut laisser l'énergie collective de la communauté entrer dans votre corps. Il y a de la tension, de la douleur dans notre corps, et si vous pouvez être vraiment là pour permettre à cette énergie collective de pénétrer dans votre corps, cela va vous aider à détendre votre corps, à réduire la tension et la souffrance dans votre corps. Si vous avez de la peine dans votre cœur, de la colère, du désespoir, ouvrez votre cœur pour que l'énergie de compassion, de compréhension et de paix puissent entrer.; Vous confiez à la communauté ; voici ma peine, voici mon désespoir, voici ma douleur, aidez-moi à reconnaître en moi cette peine et cette douleur. Si vous faîtes cela, alors vous vous sentez déjà mieux.

 

 

 

 

 

 

Reprise de la pratique

 

MERCREDI

05 septembre 

2018

 

(début de pratique à

19 h 25, prévoir d'arriver à 19 h pour les débutants)

 

 

3 matinées de pratique sont proposées :

 

le dimanche 2 décembre 2018

 

le dimanche 10 mars 2019

et 

le dimanche 2 juin 2019

 

Elles seront ouvertes à toute personne désirant pratiquer la méditation. Seule une adhésion à l'association sera demandée d'un montant de 10 €.